Essais

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Canada, Québec, Baie de James

Lors de la construction du complexe hydroélectrique de la Baie de James (nom utilisé communément: Baie James), j'ai travaillé sur le chantier EOL (Eastmain-Opinaca-LaGrande) à titre du responsable d'arpentage. Le chantier était dirigé d'une excellente façon par le regretté Claude Pelchat et la vie sociale et culturelle y était florissante. Il paraissait même un journal interne Eolien, dans lequel j'ai publié quelques articles. En voici deux qui ont paru dans la section éditoriale:

Nous-mêmes

Albert Schweitzer, le fameux médecin français, a dit un jour: "... Nous devons combattre le mal en commençant par nous-mêmes et non par d'autres. La franchise envers soi-même, c'est le meilleur moyen d'influencer autrui ..."

Il a dû arriver à cette conclusion philosophique à l'issue de ses longues expériences humaines en essayant de trouver un compromis entre les lois de notre brillante civilisation technocratique et les instincts naturels régissant les communautés primitives. C'est pourtant si vrai ...

Canada-Baie-James-Eastmain-fete-6.jpg (52814 bytes)Nous sommes là, dans la nature, loin de nos familles, de nos petits coins, maisons, automobiles. Nous avons souvent laissé derrière nous nos masques impersonnels de la foule métropolitaine. Nous comptons nos piastres en y voyant l'avenir tranquille et radieux, mais nous oublions qu'aujourd'hui aussi nous vivons, que notre bonheur est en nous et qu'il faut tout simplement le ressortir.

Je pense sincèrement que le milieu d'un chantier comme le nôtre, en nous rapprochant par les bancs de la cantine, par le genre unique de travail, par les tables de billard et enfin, par la restreinte distance entre nos lits, nous ouvre la chance unique de vivre une expérience humaine du genre du docteur Schweitzer, de vérifier notre propre approche à la vie.

Sommes-nous toujours sûrs qu'en critiquant un autre, nous ne nous critiquons pas nous-mêmes ?

Un départ à regret ...

Au moment d'un changement important dans la vie, on a tendance à faire le bilan. On regarde en arrière avec soulagement ou regret. On tourne la page rapidement ou on hésite, savourant les événements du passé auxquels on a pris part.

Aujourd'hui, je tourne une page très particulière de mon existence. Après plus de quatre ans de travail sur les chantiers de la Baie James, je dois regagner la ville. J'essaie de faire le bilan et en le faisant j'hésite ... Suis-je satisfait de l'expérience vécue ?  Voudrais-je la répéter sans y être obligé par la contrainte financière ?

Il est connu de tous le fait que la majorité des gens arrive aux chantiers dans le but lucratif. C'est normal et logique, mais est-ce la seule raison ?

Couche-du-soleil-Eastmain.jpg (58012 bytes)Personnellement je ne suis pas d'accord avec la publicité du genre: "La rivière millénaire vaincue!", ou "L'homme domine la nature". Nous, les humains, faisons partie de cette nature et nous ne pouvons la vaincre, ou dominer, mais seulement profiter de sa richesse, grâce à notre savante technique.

On dit souvent: "La nature défend ses droits". Le verbe se défendre suppose l'existence d'un ennemi, qui, dans ce cas, s'identifie avec l'homme. Est-ce l'homme l'ennemi de lui-même ?

Dans l'hésitation, en dressant mon bilan, est contenue cette question philosophique: suis-je venu ici pour construire ou pour détruire ?

Je sais que nous n'avons pas de choix. Il nous faut de plus en plus d'énergie et nous devons la chercher dans la nature, notre seule et unique ressource et c'est pourquoi nous sommes là.

Je regarde en arrière, en tournant cette page de ma vie, en considérant la nature comme l'amie précieuse et unique et chaque blessure que je lui ai causé inutilement me fait mal, car je me suis blessé moi-même. Oui, je voudrais répéter cette expérience et être encore plus grand ami que je ne l'étais.

En étudiant attentivement les statistiques des employés de la Baie James, on arrive à une conclusion intéressante: certains noms se répètent depuis des années. La plupart de ces gens ne viennent pas seulement pour arrondir leurs bourses. Ils font simplement partie de cette nature et ils ne sont pas ici pour vaincre, mais pour collaborer.

Serd-sen-va.jpg (46765 bytes)Je voudrais que mon nom soit constamment sur la liste des amis et qu'il se répète souvent dans les statistiques de la Baie James, de la Baie d'Hudson, de la Baie d'Ungava ... qui sait, mais le défi, je ne le lancerai pas à la nature, mais à moi-même pour une collaboration maximale avec elle, puisque je suis sa part et je viens pour construire.

Note. La photo et le texte de: Quand "Serda" s'en va en bas! proviennent du mensuel en grande qui fut publié par la Société d'Énergie de la Baie James (filiale de l'Hydro Québec) durant la construction du complexe La Grande, vers la fin de la décennie 1970. Cliquez dessus pour l'agrandir.

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Texte et photographies ©2009 Christophe Serdakowski

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